Lettres à ma fille sur l'investissement UEMOA
LA BOURSE, C'EST AUSSI POUR NOUS
Par Paulin TIKOUAHI
vendredi 9 octobre 2026

Lettre 23 — Préparer ses 50 ans : retraite et héritage
PARTIE IV — LA VISION LONG TERME
Lettre 23 — Préparer ses 50 ans : retraite et héritage
Un dimanche après-midi, sur le chemin du retour de Bingerville, Abidjan
**Ma chère Maéline,** Il y a des silences qui parlent plus fort que n'importe quel discours. Le silence d'Enzo dans la voiture, ce dimanche-là, était de ceux-là. Et c'est ce silence qui m'a appris quelque chose.
L'histoire
Le grand-père t'avait préparé du gombo frais avec du riz blanc, le genre de repas qu'on ne fait bien qu'à Bingerville, avec les légumes du jardin cueillis le matin même. Tu avais mangé deux fois. Darnel avait mangé trois fois. Marc avait demandé la recette, ce qui nous avait tous fait rire parce que Marc ne cuisine jamais. Et Enzo, lui, avait mangé tranquillement, les yeux dans le jardin, ce jardin que le grand-père entretient depuis plus de trente ans.
Le grand-père a travaillé toute sa vie dans l'administration. Trente-cinq ans de service, ponctuel, sérieux, respecté par ses collègues. Quand il a pris sa retraite, il a reçu une médaille et une citation dans une petite cérémonie sobre. Puis sa vie a continué — mais différemment. Sa pension mensuelle couvre les dépenses de base. Le jardin lui donne ses légumes. Nous passons régulièrement. Il ne se plaint jamais.
Ce soir-là, sur le chemin du retour, Enzo était assis à l'avant. Il regardait la route. La lagune Ébrié scintillait au loin entre les cocotiers. Les lampadaires d'Abidjan commençaient à s'allumer au fur et à mesure qu'on se rapprochait de la ville.
Au bout d'un long moment, il a dit — pas fort, presque pour lui-même :
— Papa, je veux pas finir comme grand-père.
Il s'est repris tout de suite.
— Je veux pas dire que grand-père a raté sa vie. Il est quelqu'un de bien. Mais… dépendre de sa pension, de ses enfants, de son jardin... Je veux pas que ce soit tout ce qu'il me reste à 70 ans.
À l'arrière, toi et Darnel écoutiez. Marc regardait par la vitre. Personne n'a rien dit pendant quelques secondes.
— C'est une très bonne chose de se poser cette question maintenant, j'ai répondu. À ton âge, 18 ans, tu as encore 30 ou 35 ans devant toi pour construire quelque chose de solide. Chaque année qui passe sans plan, c'est du terrain qu'on n'est plus capable de rattraper.
Tu as penché la tête, l'air pensif.
— Mais papa, est-ce que c'est vraiment possible de ne pas dépendre de sa pension quand on est vieux ?
C'était la vraie question. Celle qui mérite une vraie réponse.
— Oui, Maéline. Mais ça ne se fait pas par accident. Ça se fait par décision.
Je me suis garé quelques minutes dans un coin calme près du boulevard de Marseille, le temps de bien expliquer. Les phares d'une moto nous ont dépassés. La nuit d'Abidjan avait cette douceur particulière des soirs sans harmattan.
— Vous avez vu le jardin de grand-père aujourd'hui. Des manguiers, des papayers, des plants de gombo, des arbres d'avocat. Tout ça, il les a plantés il y a trente ans. Aujourd'hui, il ne plante plus — il récolte. Le jardin travaille pour lui.
Enzo a hoché la tête.
— Un portefeuille de retraite, c'est exactement pareil. C'est un jardin financier. Tu le construis pendant ta vie active — 20, 30, 40 ans — et quand tu arrives à 50, 60, 70 ans, tu vis de ce qu'il produit.
— Mais ça se construit comment, concrètement ? a demandé Enzo.
Darnel s'était redressé sur la banquette. Marc avait sorti son carnet — il prend des notes depuis tout petit, même sans que je lui demande.
— Un portefeuille de retraite, il a trois couches, comme un gâteau. Première couche : des actions à dividendes réguliers. Ce sont des sociétés solides, bien établies, qui distribuent une partie de leurs bénéfices chaque année à leurs actionnaires. À la BRVM, certaines sociétés versent des dividendes depuis des années, de façon régulière. Ces dividendes, c'est ton revenu passif — l'argent qui tombe sans que tu fasses quoi que ce soit, parce que tu as eu la sagesse de planter ces graines-là des années avant.
— Comme les mangues du jardin, a dit Darnel.
— Exactement comme les mangues du jardin.
Je me suis retourné vers vous tous.
— Deuxième couche : les obligations. Tu te souviens des obligations qu'on a évoquées ? Ce sont des prêts qu'on fait à un État ou à une grande entreprise, qui remboursent avec un intérêt convenu. Dans la zone UEMOA, les États — Côte d'Ivoire, Sénégal, Mali, Burkina Faso — émettent régulièrement des obligations pour financer leurs projets. Ces obligations ont l'avantage d'être plus stables que les actions. Leur cours varie moins. Et elles versent un coupon régulier. Quand tu approches de la retraite, tu glisses progressivement une partie de ton portefeuille vers les obligations. Moins de risque, revenu prévisible.
Marc avait levé les yeux de son carnet.
— Et la troisième couche ?
— L'immobilier. Une résidence principale que tu possèdes — donc pas de loyer à payer — et peut-être un ou deux biens locatifs qui te rapportent des loyers chaque mois. Ce n'est pas incompatible avec la bourse. Les deux se complètent.
Il y avait eu un grand silence dans la voiture. Un silence différent de celui du début. Celui-ci était dense, plein de pensées.
Tu as pris la parole doucement.
— Papa, et l'héritage ? Si tu construis tout ça, qu'est-ce qui se passe quand tu n'es plus là ?
La question m'a touché. Parce qu'elle est au cœur de tout.
— C'est peut-être la plus belle question de la soirée, Maéline. Voilà ce que la bourse offre que peu de gens réalisent : un portefeuille d'actions ne disparaît pas quand son propriétaire part. Il se transmet. Il peut être hérité. Si tu laisses à tes enfants un portefeuille d'actions diversifiées à la BRVM, tu leur laisses une rente. Pas un capital qu'ils vont dépenser d'un coup — une source de revenus qui continuera à travailler pour eux, année après année.
Enzo regardait droit devant lui sur la route.
— Donc grand-père aurait pu nous laisser un portefeuille.
— Oui. Il ne savait pas comment faire. Personne ne lui avait expliqué. C'est pour ça que j'écris ces lettres, fils. Pour que toi, Marc, Darnel, Maéline — vous, vous sachiez. Et que vos enfants sauront aussi, parce que vous leur expliquerez.
Quand on est rentrés, Maéline, tu as pris ton carnet des sociétés préférées et tu as écrit dedans pendant un long moment. Je t'ai regardée depuis le couloir. Je n'ai pas voulu interrompre.
Cette nuit-là, au fond, c'est ton grand-père qui nous avait tous enseigné quelque chose — sans le savoir, sans avoir besoin de dire un mot.
Le mot du jour : REVENU PASSIF
Définition simple
Définition simple :
Un revenu passif est un revenu qu'on perçoit régulièrement sans devoir travailler activement pour le gagner à chaque fois. C'est l'opposé du salaire mensuel, qui exige ta présence et ton travail tous les mois.
À la bourse, le dividende est le revenu passif par excellence. Une fois que tu as acheté des actions d'une société, si elle fait des bénéfices et décide d'en distribuer une partie, tu reçois ta quote-part — qu'il pleuve ou qu'il fasse beau, que tu sois occupé ou en vacances.
Les obligations génèrent elles aussi un revenu passif : le coupon — une somme fixe versée périodiquement à ceux qui ont prêté leur argent à l'émetteur (un État, une grande entreprise).
La clé :
Un revenu passif ne tombe pas du ciel. Il est le fruit d'un capital patiemment constitué. Avant de percevoir des revenus passifs confortables, il faut des années de discipline — épargner, investir, réinvestir, ne pas céder à la tentation de tout dépenser.
L'image du jardin :
Le manguier du jardin de ton grand-père est un revenu passif naturel. Planté une fois, soigné régulièrement, il produit des fruits chaque saison sans qu'on le replante. Un portefeuille de dividendes fonctionne sur le même principe. La différence : on peut le planter à n'importe quelle époque de la vie. Et il n'y a pas besoin d'un jardin pour ça.
Le calcul de Maéline
L'exercice
L'exercice :
La tante de Yopougon a constitué, au fil des années, un petit portefeuille d'actions à la BRVM. Ce portefeuille comprend des parts dans trois sociétés solides. Voici ce qu'il lui rapporte en dividendes pendant une année normale :
| Société | Nombre d'actions | Dividende par action | Total reçu |
|---------|-----------------|---------------------|------------|
| Société A (télécoms) | 50 actions | 1 200 F CFA | 60 000 F CFA |
| Société B (banque) | 30 actions | 800 F CFA | 24 000 F CFA |
| Société C (agroalimentaire) | 40 actions | 500 F CFA | 20 000 F CFA |
La question
Combien la tante de Yopougon reçoit-elle en dividendes cette année-là ?
Solution pas à pas :
- Dividendes Société A : 50 × 1 200 = 60 000 F CFA
- Dividendes Société B : 30 × 800 = 24 000 F CFA
- Dividendes Société C : 40 × 500 = 20 000 F CFA
- Total annuel = 60 000 + 24 000 + 20 000 = 104 000 F CFA
- Par mois, c'est environ : 104 000 ÷ 12 ≈ 8 700 F CFA
La tante de Yopougon reçoit un revenu passif d'environ 8 700 F CFA par mois grâce à son portefeuille. Ce n'est pas encore un revenu de retraite complet — mais c'est un début. Et si elle continue à épargner et réinvestir ces dividendes pendant dix ans, ce montant peut croître considérablement.
Mise en garde pédagogique :
Dans la vraie vie, les dividendes varient d'une année à l'autre. Une société peut décider de ne pas distribuer de dividende si ses résultats ont été difficiles. Ce calcul est un exemple simplifié pour comprendre le mécanisme. Rien n'est promis d'avance. Ce qui compte, c'est de choisir des sociétés dont l'historique de distribution est régulier — et d'en parler avec un professionnel agréé.
Le défi BRV-Max
Ton défi cette semaine :
Ton défi cette semaine :
1. Rends-toi sur brvmax.com
2. Dans ton portefeuille virtuel, identifie parmi tes actions celles qui versent des dividendes
3. Essaie de trouver, dans la liste des sociétés cotées à la BRVM, 3 sociétés connues pour verser des dividendes réguliers
4. Pour chacune, note dans ton carnet :
- Ce que l'entreprise fait
- Depuis combien d'années elle est cotée (si tu trouves cette information)
- Quel secteur elle représente (télécoms, banque, agroalimentaire, industrie)
5. Question bonus : si tu devais constituer un portefeuille pour vivre de ses dividendes dans 30 ans, combien d'entreprises différentes mettrais-tu dedans ? Pourquoi ?
BRV-Max — la plateforme pour simuler, apprendre et préparer ton parcours d'investisseur dans la zone UEMOA. (T4 2026).
Les trois couches du portefeuille de retraite
Données indicatives à titre pédagogique
| Situation | Signification | Exemple |
|---|---|---|
| 1re couche | Actions à dividendes (BRVM) | 20-30 ans |
| 2e couche | Obligations d'État UEMOA | 5-15 ans |
| 3e couche | Immobilier (résidence + locatif) | Long terme |
**Ce que ce tableau nous dit :** Ces trois couches ne s'excluent pas — elles s'additionnent. Un investisseur prudent construit les trois en même temps, en modulant la part de chaque couche selon son âge et sa situation. À 20 ans, on met l'accent sur les actions (horizon long, croissance possible). À 45 ans, on commence à intégrer davantage d'obligations (stabilité). À 60 ans, les trois couches ensemble produisent un revenu qui n'exige plus de travailler. **Une vérité importante :** Cela ne se fait pas en un an. Cela se fait en vingt ou trente ans de régularité. Mais chaque mois épargné et investi est une graine de plus dans ce jardin-là.
La question de Maéline
À creuser en famille ce soir
À partager en famille ce soir :
"Si tu avais commencé à épargner et à investir dès tes 20 ans, quelle différence est-ce que ça ferait aujourd'hui dans ta vie ? Et qu'est-ce que tu voudrais laisser à tes enfants ou à tes petits-enfants : de l'argent, une maison, un portefeuille d'actions, ou autre chose ?"
Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Mais en discutant avec les adultes de ta famille, tu vas découvrir des choses surprenantes. Certains regretteront de ne pas avoir commencé plus tôt. D'autres n'y avaient jamais pensé. D'autres encore auront des réponses qui t'apprendront quelque chose sur leur histoire.
Ce que cette question cherche, ce n'est pas une leçon sur la finance. C'est une conversation sur le temps — sur ce qu'on fait ou ne fait pas avec lui, et pourquoi. Les meilleures décisions d'argent se prennent quand on a réfléchi à ce que l'argent sert vraiment à construire.
L'idée à retenir
« Un portefeuille de retraite n'est pas une retraite de l'action — c'est le résultat de trente ans d'action. Et ce qu'on lègue à ses enfants, ce n'est pas seulement de l'argent : c'est la capacité de ne jamais dépendre de personne. »
Garde cette idée avec toi, Maéline.
Le grand-père a travaillé dur toute sa vie. Il mérite le respect absolu pour ça. Mais il n'avait pas eu les outils pour construire autre chose que son salaire et sa pension. Toi, tu as ces outils. Tu as cette connaissance. Et tu l'as à 8 ans — ce qui te donne une avance que peu de gens dans le monde auront jamais.
L'héritage le plus puissant qu'on puisse laisser à ses enfants n'est pas une maison ou un compte en banque. C'est la compréhension de comment l'argent fonctionne, comment le faire travailler, comment le transmettre. Un enfant qui comprend ça est riche avant même d'avoir gagné son premier FCFA.
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À bientôt, ma chérie.
Papa
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"Ce qu'on lègue à ses enfants n'est pas seulement une maison ou de l'argent — c'est la connaissance, et avec elle, le pouvoir de ne jamais dépendre de personne."
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À bientôt, ma chérie.
Papa
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