Lettres à ma fille sur l'investissement UEMOA
LA BOURSE, C'EST AUSSI POUR NOUS
Par Paulin TIKOUAHI
vendredi 16 octobre 2026

Lettre 24 — Donner du sens à son argent
PARTIE IV — LA VISION LONG TERME
Lettre 24 — Donner du sens à son argent : investir éthique
Un soir de semaine, à table, dans la maison de Cocody
**Ma chère Maéline,** Il y a des questions qui arrivent à table sans prévenir et qui changent le repas en quelque chose de plus grand. Ce soir-là, la question de Marc était de celles-là. Et toi, tu avais posé la question juste derrière — celle qui allait encore plus loin.
L'histoire
Le riz était chaud. Les aubergines avaient cuit à la vapeur avec un peu de piment. Darnel avait mis la table sans qu'on le lui demande — ce qui nous avait tous surpris et qui avait déclenché quelques commentaires que je préfère ne pas écrire ici. Enzo était absent ce soir — la fac l'avait gardé. Vous étiez trois autour de la table : Marc, Darnel, toi.
Marc avait l'air d'avoir quelque chose sur le cœur. Il a mangé deux bouchées en silence, puis il a posé sa fourchette.
— Papa, j'ai un problème.
Darnel a levé les yeux. Toi, tu avais déjà arrêté de manger — tu sentais que quelque chose d'important venait.
— Le prof de philo a organisé un débat aujourd'hui. Le sujet, c'était : "Les grandes entreprises sont-elles responsables de la destruction de la nature ?" Et un camarade — Ismaël — a dit une chose qui m'a dérangé. Il a dit : "Ceux qui investissent en bourse financent la déforestation, la pollution, l'exploitation des gens."
Marc s'est arrêté. Puis il a ajouté :
— Et je n'ai pas su quoi répondre.
J'ai posé ma cuillère. Darnel a regardé Marc, puis moi. Toi, Maéline, tu as dit doucement :
— Alors est-ce qu'on fait du mal en investissant, papa ?
Il y a des moments où une question d'enfant ouvre une porte qu'on n'attendait pas. Cette question était l'une d'elles.
— Ce n'est pas une question simple, j'ai répondu. Et la réponse honnête n'est ni "oui, vous faites du mal" ni "non, tout va bien". La vraie réponse, c'est : ça dépend de comment tu investis, et dans quoi.
Marc a repris sa fourchette, mais sans manger — il attendait.
— Ton camarade Ismaël n'a pas entièrement tort. Il existe des entreprises dans le monde — et certaines sont cotées en bourse — qui polluent, qui traitent mal leurs employés, qui gouvernent de façon opaque. Si tu achètes des actions de ces entreprises-là, tu leur donnes effectivement du pouvoir et des ressources.
— Donc on peut contribuer à quelque chose de mauvais sans le savoir ? a dit Darnel.
— Sans le savoir, oui. Ou en faisant semblant de ne pas savoir.
Silence autour de la table. Le ventilateur tournait doucement. Dehors, un voisin rentrait avec son vélomoteur.
— Mais voilà ce que Ismaël n'a pas dit : un investisseur peut choisir. Il n'est pas obligé d'acheter les actions de n'importe quelle entreprise. Il peut — et il devrait — regarder ce que l'entreprise fait vraiment. Comment elle traite ses employés. Est-ce qu'elle respecte l'environnement. Est-ce que ses dirigeants rendent des comptes honnêtement. Ces critères existent. On les regroupe sous trois mots : environnemental, social, gouvernance.
Marc a noté.
— Comment tu prononces ça en abrégé ? a demandé Darnel.
— E-S-G. Environnemental, Social, Gouvernance. Ce sont les trois grandes questions qu'on peut poser à une entreprise avant d'y investir.
J'ai pris une feuille de papier qui traînait sur le rebord de la fenêtre — ta feuille de dessin, Maéline, tu m'as pardonné — et j'ai dessiné trois colonnes.
— Environnemental : est-ce que cette entreprise gère ses déchets correctement ? Est-ce qu'elle réduit sa consommation d'énergie ? Est-ce qu'elle protège les ressources naturelles autour d'elle ? À Abidjan, on voit des industries qui rejettent des fumées noires dans l'air. On voit des entreprises qui polluent la lagune. Ce sont des signaux. Un investisseur attentif les regarde.
— Social : est-ce que cette entreprise paie correctement ses employés ? Est-ce qu'elle les forme ? Est-ce qu'elle respecte leurs droits ? Est-ce qu'elle participe à la vie des communautés autour d'elle ?
— Gouvernance : est-ce que les dirigeants de cette entreprise publient leurs comptes de façon transparente ? Est-ce qu'il y a des contrôles internes ? Est-ce que les actionnaires minoritaires — les petits porteurs comme toi et moi — ont une vraie voix lors des assemblées générales ?
Marc a levé la tête.
— Et à la BRVM, est-ce qu'il y a des entreprises qui publient ce genre d'informations ?
— De plus en plus, oui. La réglementation évolue. L'AMF-UMOA encourage les sociétés cotées à publier des rapports de responsabilité sociale. Certaines le font déjà. Et dans la zone UEMOA, quelque chose de remarquable s'est développé ces dernières années : les obligations vertes et les obligations sociales.
Toi, Maéline, tu avais les sourcils froncés — l'expression que tu fais quand un mot t'échappe.
— C'est quoi une obligation verte ?
— Tu te souviens des obligations ? Ces prêts qu'on fait à un État ou à une grande entreprise, et qu'ils remboursent avec un coupon régulier ? Eh bien une obligation verte, c'est exactement ça — sauf que l'État ou l'entreprise s'engage explicitement à utiliser l'argent collecté pour financer des projets qui protègent l'environnement. Des projets d'énergie solaire. Des programmes de reboisement. Des réseaux de transport propres. Des États de la zone UEMOA ont émis des obligations vertes pour financer leurs programmes de développement durable.
Darnel s'était redressé.
— Donc quand j'achète une obligation verte, mon argent finance des panneaux solaires ?
— Dans les cas prévus par l'émetteur, oui. C'est l'idée. Ton argent est fléché vers un projet précis, avec des engagements de suivi.
Marc a dit quelque chose qui m'a rendu fier.
— Donc on peut être actionnaire et exiger que les entreprises se comportent bien.
— Non seulement tu peux. C'est même ton droit. Chaque actionnaire a le droit de voter lors de l'assemblée générale d'une société cotée. Il peut s'exprimer. Il peut voter contre une décision qu'il juge mauvaise. Un actionnaire qui ne parle pas abandonne son pouvoir à ceux qui, eux, parleront à sa place.
Il y a eu un long silence. Toi, tu regardais les trois colonnes sur ta feuille de dessin.
— Papa, est-ce que ça veut dire que l'argent a une conscience ?
J'ai souri. Ce n'est pas une question de 8 ans. C'est une question de philosophe. Et tu venais de la poser.
— Non, l'argent n'a pas de conscience. C'est pour ça qu'il a besoin de la tienne.
Tu n'as plus rien dit. Tu as repris ton repas. Mais je savais que quelque chose venait de s'ouvrir en toi — quelque chose qui n'allait plus se refermer.
Marc a demandé, plus tard, si je pensais qu'Ismaël avait tort. Je lui ai répondu qu'Ismaël avait raison de poser la question. Que son erreur, c'était de croire que l'investissement était une chose fixe, sans conscience, sans choix. Que la vraie réponse à la question d'Ismaël, ce n'était pas de ne pas investir. C'était d'investir mieux.
Le mot du jour : INVESTISSEMENT RESPONSABLE
Définition simple
Définition simple :
L'investissement responsable consiste à choisir ses placements non seulement en fonction du rendement attendu, mais aussi en tenant compte des pratiques de l'entreprise en matière d'environnement, de traitement des employés et de transparence de la gestion. On parle souvent des critères ESG : Environnemental, Social, Gouvernance.
Ce que ça change concrètement :
Avant d'acheter une action, l'investisseur responsable pose trois questions supplémentaires :
- Cette entreprise pollue-t-elle ? Que fait-elle pour réduire son impact ?
- Ses employés sont-ils traités dignement ?
- Sa direction publie-t-elle des comptes clairs et accessibles à tous les actionnaires ?
Dans la zone UEMOA :
Plusieurs sociétés cotées à la BRVM ont commencé à publier des rapports de responsabilité sociale (RSE). Des États membres de l'UEMOA ont émis des obligations vertes pour financer des projets environnementaux. Ce mouvement en est encore à ses débuts — mais il existe, et il grandit.
Pourquoi ça compte à 8 ans :
Toi, Maéline, tu as quelque chose que beaucoup d'investisseurs n'ont jamais eu : le temps. Quand tu commenceras à investir pour de vrai, les entreprises qui auront prouvé leur engagement environnemental et social seront probablement aussi celles qui auront le mieux géré leurs risques. Bien faire et bien investir ne sont pas deux objectifs opposés.
Le calcul de Maéline
L'exercice
L'exercice :
Deux entreprises sont cotées à la BRVM. Maéline doit en choisir une pour son portefeuille virtuel. Voici ce qu'elle sait :
Entreprise Soleil (secteur agroalimentaire)
- Cours de l'action : 4 500 F CFA
- Dividende versé l'an dernier : 225 F CFA par action
- Elle publie un rapport RSE chaque année
- Elle a réduit ses rejets polluants dans la rivière voisine de 40 % en trois ans
- Ses employés bénéficient d'une formation annuelle payée par l'entreprise
Entreprise Nuage (même secteur)
- Cours de l'action : 4 200 F CFA
- Dividende versé l'an dernier : 252 F CFA par action
- Elle ne publie aucun rapport RSE
- Elle fait l'objet de plaintes de riverains pour ses fumées
La question
Question 1 : Quel est le rendement du dividende de chaque entreprise ? (Dividende ÷ cours × 100)
Solution :
- Entreprise Soleil : 225 ÷ 4 500 × 100 = 5 %
- Entreprise Nuage : 252 ÷ 4 200 × 100 = 6 %
Question 2 : Sur la seule base des chiffres, Nuage semble meilleure. Mais y a-t-il d'autres éléments à considérer ?
Réflexion :
Le rendement de Nuage est légèrement supérieur à Soleil — 6 % contre 5 %. Mais Nuage fait l'objet de plaintes environnementales. Une entreprise qui pollue peut un jour faire face à des amendes, des poursuites, des pertes de marchés, une dégradation de son image. Ces risques ne sont pas visibles dans le dividende aujourd'hui — mais ils peuvent surgir demain.
Soleil a un rendement légèrement inférieur, mais elle gère ses risques de façon visible. Elle investit dans ses employés. Elle réduit ses impacts. Ce sont des signaux que la direction pense à long terme.
La leçon :
En bourse, les chiffres sont importants. Mais ils ne racontent jamais toute l'histoire. Un investisseur attentif regarde derrière les chiffres. Dans la vraie vie, les prix et les dividendes varient — cet exemple est simplifié pour illustrer un principe.
Le défi BRV-Max
Ton défi cette semaine :
Ton défi cette semaine :
1. Rends-toi sur brvmax.com
2. Parmi les sociétés de ton portefeuille virtuel, choisis-en deux
3. Pour chacune, recherche si tu trouves une information sur :
- Ses employés (combien ils sont, dans quels pays)
- Son rapport annuel ou un document sur ses engagements sociaux ou environnementaux
- Une information sur comment ses dirigeants sont contrôlés
4. Dans ton carnet, écris : "Ce que j'aime dans cette entreprise au-delà des chiffres" pour chacune
5. Question de réflexion : Est-ce qu'il y a une entreprise que tu utilises tous les jours à Abidjan et dont tu aimerais être actionnaire — pas seulement pour l'argent, mais parce que tu crois dans ce qu'elle fait ?
BRV-Max — la plateforme pour simuler, apprendre et préparer ton parcours d'investisseur dans la zone UEMOA. (T4 2026).
Les trois critères ESG expliqués simplement
Données indicatives à titre pédagogique
| Situation | Signification | Exemple |
|---|---|---|
| E — Environnemental | L'impact de l'entreprise sur la nature et les ressources | Rejets polluants, consommation d'eau, gestion des déchets, utilisation d'énergie |
| S — Social | Le traitement des personnes — employés, clients, communautés | Salaires, formation, conditions de travail, politique de non-discrimination |
| G — Gouvernance | La façon dont l'entreprise est dirigée et contrôlée | Publication des comptes, indépendance des administrateurs, droits des actionnaires minoritaires |
**Dans le contexte UEMOA :** La gouvernance est particulièrement importante à la BRVM. Une société cotée est tenue de publier ses comptes annuels, ses rapports d'activité, et de tenir des assemblées générales ouvertes aux actionnaires. L'AMF-UMOA veille à ce que ces obligations soient respectées. Quand une entreprise joue le jeu de la transparence, elle bâtit une confiance durable avec ses investisseurs. **Ce que ce tableau ne dit pas :** Ces critères n'éliminent pas le risque. Une entreprise exemplaire sur le plan ESG peut quand même traverser des difficultés économiques. Mais une entreprise qui ignore ces critères accumule des risques supplémentaires — amendes, réputation abîmée, conflits sociaux — qui peuvent peser lourd sur sa valeur à terme.
La question de Maéline
À creuser en famille ce soir
À partager en famille ce soir :
"Est-ce que tu connais une entreprise à Abidjan — ou n'importe où en Côte d'Ivoire — qui fait un travail utile pour la société, qui traite bien ses employés et qui respecte l'environnement ? Est-ce que tu serais prêt ou prête à acheter une action de cette entreprise si elle était cotée à la BRVM, même si elle rapportait un peu moins qu'une autre ?"
Cette question n'a pas de réponse standard. Elle invite à réfléchir à ce qui compte vraiment pour toi quand tu penses à l'argent et à l'avenir.
Certains dans ta famille répondront : "Non, les chiffres d'abord, le reste après." C'est une position honnête. D'autres répondront : "Oui, je veux investir dans des entreprises qui me ressemblent." C'est tout aussi honnête. Ce qui importe, c'est de savoir ce qu'on pense vraiment — et d'en assumer les conséquences.
Ce débat, les plus grands investisseurs du monde le mènent depuis des décennies. Tu n'as pas à avoir la réponse définitive à 8 ans. Mais tu as le mérite de te la poser.
L'idée à retenir
« L'argent n'a pas de conscience. C'est pour ça qu'il a besoin de la tienne. Investir, c'est choisir quel monde on veut aider à construire — et aucune société cotée ne devrait échapper à cette question. »
Maéline, souviens-toi de ce soir à table.
Marc n'avait pas su quoi répondre à son camarade. Et il est rentré avec une question ouverte. C'est exactement ça, apprendre : rentrer avec plus de questions qu'on n'en avait en partant. Les gens qui pensent avoir toutes les réponses ont arrêté d'apprendre. Les gens qui vivent avec les bonnes questions n'arrêtent jamais.
L'investissement responsable n'est pas une mode. Ce n'est pas non plus une certitude — il n'existe pas d'entreprise parfaite. C'est une direction. Un regard. Une façon de regarder les chiffres et de se demander : derrière ce cours d'action, que se passe-t-il vraiment ?
Quand tu seras grande, tu auras la liberté de placer ton argent où tu veux. Utilise cette liberté avec discernement. Choisis des entreprises dans lesquelles tu te reconnais — des entreprises qui, si elles grandissent grâce à toi, laisseront le monde un peu meilleur qu'elles ne l'ont trouvé.
C'est une ambition haute. Mais tu es capable de la tenir.
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À bientôt, ma chérie.
Papa
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"L'investisseur le plus riche n'est pas celui qui a le plus d'argent — c'est celui dont l'argent construit un monde dans lequel il fait bon vivre."
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BRV-Max — Apprendre. Simuler. Investir.
(T4 2026).
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Édité par TMP Digital Group SARL — Abidjan, Côte d'Ivoire — www.brvmax.com
À bientôt, ma chérie.
Papa
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