Maéline et son père Paulin — Lettre 04 : C’est qui qui décide du prix ?

Lettre 04C’est qui qui décide du prix ?

PARTIE I — MAÉLINE DÉCOUVRE LA BOURSE

Lettre 4 — C’est qui qui décide du prix ?

Un dimanche après-midi, dans le salon de la maison, à Cocody

13 min de lectureMot du jour : CARNET D’ORDRES

Ma chère Maéline, Tu poses les questions que les adultes ont arrêté de poser. Celle du jour méritait qu’on s’y attarde. Qu’on prenne le temps. Qu’on ne réponde pas trop vite au risque de répondre à côté.

L'histoire

C’était un dimanche après-midi sans école ni devoirs urgents. La maison sentait le riz à la sauce graine que j’avais préparé en début d’après-midi. Dehors, le ciel de Cocody virait à ce bleu profond de fin de journée que j’aime bien — avant les premières étoiles, quand la lumière hésite.


Darnel était installé en travers du canapé, les jambes par-dessus l’accoudoir comme à son habitude, les écouteurs autour du cou pour une fois — pas dans les oreilles. Sa tablette était allumée sur ses genoux. Il regardait quelque chose qui faisait défiler des chiffres et des graphiques à toute vitesse. Je ne savais pas encore ce que c’était.


Tu étais assise par terre, dos contre le fauteuil, ton cahier rose ouvert sur tes genoux. Tu relisais ce que tu avais noté après notre sortie au marché de Cocody. Ton stylo était posé sur l’oreille gauche comme toujours quand tu relis sans écrire.


Tu as levé les yeux vers moi sans prévenir.


— Papa. Il y a quelqu’un quelque part qui décide du prix des actions ?


Darnel a baissé les yeux sur sa tablette avec un sourire. Il avait entendu.


— Ouais, c’est les banquiers, non ? a-t-il lancé sans lever la tête.


— Pourquoi tu dis ça ?


— Bah, les banquiers décident de tout. Les taux, les prix, tout.


J’ai souri. Ce n’est pas tout à fait faux, et pas tout à fait juste non plus.


— Vous avez tous les deux une partie de la réponse, ai-je dit. Mais la vraie réponse est plus belle que ça. Est-ce que vous avez entendu parler de la tontine de votre tante à Yopougon ?


Darnel a posé sa tablette. Tu as relevé ton stylo.


La tante de Yopougon, vous la connaissez bien. Elle est vive, directe, avec cette façon qu’elle a de parler en gesticulant et de rire fort. Depuis des années, elle organise une tontine dans son quartier — une réunion mensuelle avec une quinzaine de femmes du quartier. Chacune cotise une somme fixe chaque mois. À tour de rôle, l’une d’elles reçoit la totalité de la cagnotte et s’en sert pour un projet : payer les frais scolaires des enfants, financer le stock de sa petite boutique, réparer le toit de sa maison.


— Je connais la tontine, a dit Darnel. Tata m’a déjà expliqué.


— Très bien. Alors dis-moi : dans cette tontine, qui est le chef ? Qui décide du montant à cotiser, de l’ordre dans lequel chacune reçoit, des règles du jeu ?


Il a réfléchi un moment.


— Elles décident ensemble, non ?


— Exactement. Il n’y a pas un chef unique qui commande tout le monde. Il y a un accord collectif. Les règles émergent de la confiance mutuelle. Si une femme ne respecte pas les règles, le groupe le sait, et la sanction est sociale — elle perd la confiance des autres et ne peut plus participer. C’est une gouvernance sans arbitre central visible.


Tu dessinais quelque chose dans ton cahier. Tu m’as interrompu doucement :


— Et à la bourse, c’est pareil ?


— À la bourse, c’est la même mécanique — mais à une échelle bien plus grande. Des milliers, parfois des dizaines de milliers de personnes, veulent acheter ou vendre des actions en même temps. Chacune d’elles dit : « Moi, je suis prêt à acheter l’action SONATEL à mille quatre cents FCFA. » Ou bien : « Moi, je veux la vendre à mille six cents FCFA. » Toutes ces propositions sont rassemblées dans un endroit qu’on appelle le carnet d’ordres.


— C’est quoi le carnet d’ordres ?


— Imagine une grande feuille — ou plutôt un grand tableau électronique — où d’un côté on voit tous ceux qui veulent acheter et le prix maximum qu’ils sont prêts à payer. De l’autre côté, tous ceux qui veulent vendre et le prix minimum qu’ils acceptent. Le tableau ressemble à ça :


Darnel avait repris sa tablette et cherchait quelque chose.


— Papa, j’ai trouvé un truc qui ressemble à ça. C’est sur ce site de simulation boursière.


Il me montrait l’écran. Effectivement, on voyait deux colonnes — les ordres d’achat à gauche, les ordres de vente à droite, avec des quantités et des prix.


— Exactement ça, lui ai-je dit. Maintenant regarde : quand quelqu’un qui veut acheter propose un prix suffisamment élevé pour qu’un vendeur l’accepte, la transaction se fait. Le prix de cette transaction devient le dernier cours connu. Demain matin, si beaucoup de personnes veulent acheter et que peu veulent vendre, les acheteurs vont devoir proposer des prix plus élevés pour convaincre des vendeurs. Le cours monte.


— Et si personne ne veut acheter ?


— Si beaucoup de personnes veulent vendre et que peu veulent acheter, les vendeurs doivent baisser leur prix pour trouver preneur. Le cours baisse. Voilà comment se forme le prix d’une action : par la rencontre — ou l’absence de rencontre — entre ceux qui veulent acheter et ceux qui veulent vendre.


Tu avais posé ton cahier et tu écoutais, la tête un peu penchée.


— Donc c’est personne qui décide. C’est tout le monde qui décide.


— Exactement. Comme dans la tontine de ta tante — c’est l’accord collectif qui crée les règles, pas un chef unique.


Darnel s’était redressé sur le canapé. Il était entré dans le sujet — je le sentais à sa posture.


— Mais alors, dans les jeux de trading que je fais sur ma tablette, c’est la même chose ? Parce que dans mon jeu, il y a aussi un carnet d’ordres.


J’ai pris un moment avant de répondre.


— Il y a des ressemblances. Mais une différence fondamentale, Darnel. Dans un jeu, ce sont des données simulées — personne ne risque vraiment son argent, les règles peuvent changer du jour au lendemain, et personne ne surveille que tout se passe honnêtement. À la BRVM, c’est réel. Les transactions sont tracées, enregistrées, vérifiables. Il y a des institutions qui s’assurent que tout se passe dans les règles.


— Qui ça ?


— Plusieurs acteurs. D’abord, il y a les Sociétés de Gestion et d’Intermédiation — les SGI — qui sont les intermédiaires agréés. Ce sont elles qui transmettent les ordres des investisseurs au marché. Ensuite, il y a le Dépositaire Central et la Banque de Règlement — le DC/BR — qui s’assure que quand une transaction est conclue, l’acheteur reçoit bien ses actions et le vendeur reçoit bien son argent. Et enfin, il y a l’AMF-UMOA — l’Autorité des Marchés Financiers de l’Union Monétaire Ouest-Africaine — qui surveille l’ensemble du système, comme un arbitre impartial.


— Donc c’est pas comme mon jeu, a reconnu Darnel. Dans mon jeu, si je triche, personne s’en fiche vraiment.


— À la BRVM, si quelqu’un triche — s’il diffuse de fausses informations pour manipuler un cours, par exemple —, l’AMF-UMOA peut enquêter, sanctionner, et même suspendre la cotation d’une action le temps d’y voir clair. C’est la sécurité que le marché régulé offre à chaque investisseur, petit ou grand.


La nuit tombait doucement sur Cocody. Les premiers criquets commençaient leur concert dans le jardin. Tu avais rouvert ton cahier et tu écrivais, vite, comme quelqu’un qui a peur d’oublier avant d’avoir tout noté.


Puis tu as relevé la tête et tu as dit, avec ce sourire que tu as quand une idée vient de s’emboîter parfaitement :


— Donc c’est tout le monde qui décide du prix, ensemble, sans se connaître !


J’ai regardé Darnel. Il souriait aussi.


— Voilà, ma chérie. Exactement ça. Des milliers de personnes, partout dans la zone UEMOA — à Abidjan, à Dakar, à Ouagadougou, à Lomé —, qui prennent des décisions indépendantes. Certaines achètent parce qu’elles croient en l’avenir d’une entreprise. D’autres vendent parce qu’elles ont besoin de liquidités pour un projet. Toutes ces décisions individuelles se rencontrent dans le carnet d’ordres. Et de cette rencontre naît un prix — le reflet, à cet instant précis, de ce que des milliers de gens pensent collectivement de la valeur d’une entreprise.


Darnel a posé sa tablette et s’est levé pour aller chercher de l’eau.


En passant, il t’a dit :


— Ta prochaine question, c’est quoi ?


Et tu as répondu, les yeux déjà sur la page suivante de ton cahier :


— Je veux voir la BRVM pour de vrai.

Le mot du jour : CARNET D’ORDRES

Définition simple

Le carnet d’ordres est le tableau central du marché boursier. Il rassemble, à tout moment de la séance, l’ensemble des ordres d’achat et de vente sur une action donnée. D’un côté, les acheteurs indiquent le prix maximum qu’ils sont prêts à payer et les quantités souhaitées. De l’autre, les vendeurs indiquent le prix minimum qu’ils acceptent et les quantités disponibles.


Quand un ordre d’achat et un ordre de vente se rencontrent — c’est-à-dire quand un acheteur propose au moins autant que ce qu’un vendeur demande —, la transaction est automatiquement exécutée. Le prix de cette transaction devient le dernier cours de l’action.


Comment le prix monte ou baisse :

Si beaucoup d’acheteurs arrivent sur le marché et qu’il y a peu de vendeurs, les acheteurs doivent proposer des prix de plus en plus élevés pour obtenir des actions. Le cours monte. À l’inverse, si beaucoup de vendeurs souhaitent sortir rapidement et que peu d’acheteurs sont présents, les vendeurs baissent leurs prix pour trouver preneurs. Le cours baisse.


La tontine comme analogie :

Dans la tontine de Yopougon, personne ne commande. C’est l’accord collectif des membres qui fixe les règles. Le carnet d’ordres fonctionne de la même façon : c’est l’accord implicite entre acheteurs et vendeurs — leur rencontre au bon prix — qui fixe le cours, sans qu’aucun d’eux n’impose sa volonté aux autres.

Le calcul de Maéline

L'exercice

Imaginons la boutique de pagnes de madame Touré, dans le quartier. Cinq personnes veulent acheter un pagne, et cinq autres veulent vendre. Voici leurs propositions :


Acheteurs :

| Acheteur | Prix maximum proposé | Quantité |

|----------|---------------------|----------|

| Aminata | 3 500 FCFA | 1 pagne |

| Kofi | 3 200 FCFA | 1 pagne |

| Ramatou | 3 000 FCFA | 2 pagnes |


Vendeurs :

| Vendeur | Prix minimum demandé | Quantité |

|----------|---------------------|----------|

| Aya | 3 000 FCFA | 1 pagne |

| Bintou | 3 300 FCFA | 1 pagne |

| Seydou | 3 600 FCFA | 2 pagnes |

Solution pas à pas

- Aminata propose 3 500 FCFA. Aya vend à partir de 3 000 FCFA. → Transaction à 3 000 FCFA (le prix du vendeur, car c’est l’ordre existant dans le carnet).

- Kofi propose 3 200 FCFA. Bintou vend à partir de 3 300 FCFA. → Pas de transaction : Kofi n’offre pas assez.

- Ramatou propose 3 000 FCFA. Seydou vend à partir de 3 600 FCFA. → Pas de transaction : Ramatou n’offre pas assez.


Résultat : Une seule transaction a lieu, à 3 000 FCFA. Le cours du pagne est donc 3 000 FCFA pour l’instant.

La question

Quelles transactions vont se réaliser et à quel prix ?

Attention

Cet exemple est simplifié pour illustrer le principe du carnet d’ordres. Dans la vraie vie, les cours boursiers impliquent des milliers d’ordres simultanés et fluctuent en temps réel selon de nombreux facteurs. Rien n’est promis d’avance à la bourse — les prix montent et descendent, et c’est précisément pour cela qu’on apprend avant d’investir.

Le défi BRVMax

Ton défi cette semaine :

1. Rends-toi sur brvmax.com

2. Connecte-toi à ton espace de simulation

3. Choisis une action parmi la liste des sociétés cotées à la BRVM

4. Passe un ordre d’achat virtuel — indique le prix que tu es prêt à payer et la quantité souhaitée

5. Observe comment le carnet d’ordres réagit : l’ordre est-il exécuté immédiatement ? Ou est-il en attente d’un vendeur au bon prix ?

6. Dans ton cahier rose, note ce que tu as observé.


Cet exercice te donnera l’intuition concrète de ce que signifie « fixer un prix » à la bourse. Tu ne lis plus un cours — tu participes à le construire.


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BRVMax — en cours d’agrément CIB AMF-UMOA (T4 2026)

Les acteurs qui font fonctionner le carnet d’ordres à la BRVM

Données indicatives à titre pédagogique

Un marché boursier n’est pas seulement un endroit où les prix se forment. C’est un écosystème de confiance, avec des règles claires et des gardiens qui les font respecter. Chaque acteur joue un rôle précis. C’est cette architecture institutionnelle qui permet à un investisseur de Cocody et à un investisseur de Dakar d’échanger des actions de la même entreprise, sans se connaître, en toute sécurité.

La question de Maéline

À creuser en famille ce soir

« Si c’est tout le monde qui décide du prix ensemble, est-ce qu’il peut arriver que tout le monde se trompe en même temps ? »


Oui, Maéline. Et c’est l’une des leçons les plus importantes de l’histoire des marchés financiers.


Il arrive que l’enthousiasme collectif pousse les prix très haut — trop haut — parce que tout le monde croit en même temps que quelque chose vaut bien plus qu’il ne vaut réellement. C’est ce qu’on appelle une bulle. Et quand les gens finissent par s’en apercevoir, les prix chutent brutalement.


Cela ne signifie pas que la bourse est mauvaise. Cela signifie que la bourse est humaine — et que les humains, parfois, s’emballent ensemble, puis réalisent ensemble leur erreur.


C’est précisément pour cette raison qu’un bon investisseur ne suit pas aveuglément ce que fait la foule. Il apprend. Il analyse. Il forme sa propre opinion. Et il garde son calme quand les autres perdent le leur.


Darnel, ce soir-là, a résumé à sa façon : « Dans mon jeu de stratégie, les meilleurs joueurs c’est ceux qui attaquent pas quand tout le monde attaque. Ils attendent. »


Il avait tout compris.

L'idée à retenir

« À la bourse, personne ne commande le prix — c’est la confiance de tous qui le construit, jour après jour. »

Ce prix que tu vois chaque jour dans les cours de la BRVM n’est pas tombé du ciel. Il est le résultat de milliers de décisions individuelles — de gens ordinaires, de gérants de fonds, de caisses de retraite, d’entreprises — qui ont tous dit, à leur façon : « J’ai confiance » ou « Je n’ai plus confiance. »


Quand beaucoup de gens font confiance à une entreprise, son cours monte. Quand beaucoup la quittent, son cours baisse. Cette mécanique est simple dans son principe. Elle est complexe dans ses manifestations, parce que la confiance humaine est une chose fragile et changeante.


Ce que tu apprends, Maéline, c’est à ne pas subir cette mécanique — mais à la comprendre. À ne pas être emportée par la foule quand elle s’enthousiasme, ni paniquée quand elle recule. À avoir ton propre jugement, formé par ta propre analyse.


C’est ça, être une investisseuse éclairée.

À bientôt, ma chérie.

Papa

BRVMax — Apprendre. Simuler. Investir.

Édité par TMP Digital Group SARL — Abidjan, Côte d’Ivoire — www.brvmax.com

Lettre 5 — À la BRVM, comment ça marche ?

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Réservé Founders

Discussion entre Fondateurs

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