Lettres à ma fille sur l'investissement UEMOA
LA BOURSE, C'EST AUSSI POUR NOUS
Par Paulin TIKOUAHI
vendredi 18 septembre 2026

Lettre 20 — L'Afrique qui investit dans l'Afrique
PARTIE IV — LA VISION LONG TERME
Lettre 20 — L'Afrique qui investit dans l'Afrique
Un soir de semaine, dans le salon de Cocody
**Ma chère Maéline,** Il y a des conversations téléphoniques qu'on entend à moitié depuis la cuisine et qui te font traverser le couloir pour mieux écouter. Ce soir-là, tu as posé ta fourchette avant d'avoir fini ton assiette.
L'histoire
Le dîner touchait à sa fin. Tu finissais ton riz sauce graine, lentement, comme tu fais toujours — petites bouchées, regard dans le vague, l'esprit ailleurs. Darnel avait déjà posé sa fourchette et regardait son téléphone en catimini, espérant que je ne remarquais pas.
C'est à ce moment qu'Enzo a appelé.
Je l'ai mis en haut-parleur parce que la voix avait quelque chose d'excité, quelque chose qui méritait d'être entendu par tout le monde.
— Papa, j'ai un ami à la fac. Ibrahima. Il est sénégalais, il est né à Paris, sa famille est là-bas depuis vingt ans. Et il veut investir à la BRVM. Il dit qu'il veut que son argent soit en Afrique, pas en France.
Tu avais posé ta fourchette. Darnel avait rangé son téléphone sans qu'on lui demande.
— Pourquoi ? j'ai demandé.
— Il dit qu'il envoie déjà de l'argent à ses parents à Dakar chaque mois. Mais là, il veut quelque chose de différent. Pas juste envoyer — investir. Il dit qu'il veut que son argent travaille là où il vient.
J'ai laissé ça résonner dans le salon.
— C'est une réflexion profonde d'Ibrahima.
— Il ne sait pas comment s'y prendre depuis Paris. Est-ce qu'il peut ouvrir un compte dans une SGI depuis la France ?
— Oui. La plupart des SGI agréées acceptent des clients de la diaspora. Ibrahima peut prendre contact avec une SGI, fournir ses documents d'identité, justifier de son adresse, et ouvrir un compte titres même s'il réside en dehors de la zone UEMOA. Les ordres passent ensuite par voie électronique.
— Donc géographiquement, il n'y a pas d'obstacle ?
— Les obstacles sont plus administratifs que géographiques. Il faut trouver la bonne SGI, celle qui a l'habitude de travailler avec des clients de la diaspora, qui a une interface en ligne performante. Mais techniquement, rien n'empêche Ibrahima d'investir à la BRVM depuis Paris.
Maéline, tu avais les coudes sur la table — ce que je t'aurais dit de corriger un autre soir, mais ce soir-là, tu écoutais avec une telle intensité que j'ai laissé faire.
— Papa, il y a beaucoup de gens comme Ibrahima ?
— De plus en plus. La diaspora africaine envoie des sommes considérables vers le continent chaque année — des milliards de FCFA sous forme de transferts familiaux. Depuis longtemps, cet argent allait principalement à des dépenses courantes : loyer, nourriture, soins médicaux, scolarité des enfants. C'est essentiel et précieux. Mais une part croissante de ces flux commence à se rediriger vers des investissements productifs — l'immobilier, les entreprises, et la bourse.
— Pourquoi maintenant ?
— Plusieurs raisons. La diaspora est mieux informée que jamais grâce au numérique. Des plateformes permettent d'investir à distance. Des communautés d'investisseurs africains de la diaspora se forment, partagent leurs expériences, se soutiennent. Et il y a une dimension identitaire aussi : de nombreuses personnes comme Ibrahima ressentent une fierté à investir dans leur région d'origine, à participer à sa croissance.
Enzo avait ce silence de quelqu'un qui vient de voir quelque chose sous un nouveau jour.
— Et il n'y a pas que la diaspora.
— Non. Les investisseurs institutionnels africains — les caisses de retraite, les compagnies d'assurance, les fonds souverains de certains pays — augmentent progressivement leur présence à la BRVM. Ce sont des acteurs qui gèrent des milliards au nom de millions d'épargnants et retraités. Quand ils décident d'allouer une part de ces fonds à la bourse régionale, ils apportent liquidité et crédibilité au marché.
Darnel s'était redressé.
— Et les avantages fiscaux ? Maéline avait mentionné ça l'autre jour.
Tu as souri — c'était Marc qui t'en avait parlé, après ses recherches.
— C'est exact. Dans plusieurs pays de l'UEMOA, les dividendes reçus sur des actions cotées à la BRVM bénéficient d'une fiscalité allégée — parfois une exonération partielle ou totale selon les pays. Les plus-values réalisées sur la vente d'actions peuvent aussi bénéficier de régimes favorables. Ces avantages ont été mis en place précisément pour encourager l'épargne longue et l'investissement boursier. Ils varient d'un pays à l'autre — il faut vérifier la réglementation du pays de résidence.
Tu écoutais, les mains jointes sous le menton.
— Papa, il y a quelque chose que j'ai du mal à comprendre.
— Quoi donc ?
— L'argent d'Ibrahima vient de Paris. Il travaille là-bas, il gagne là-bas. Et là, il veut mettre cet argent dans des entreprises ici, à Abidjan, à Dakar. Est-ce que ça veut dire que l'Afrique a besoin de cet argent venu de l'extérieur ?
C'était la question la plus juste de la soirée.
— L'Afrique a besoin de capital. Toute économie en croissance a besoin de capital pour financer ses entreprises, ses infrastructures, son développement. Ce capital peut venir de l'intérieur — des épargnants locaux — ou de l'extérieur — de la diaspora, des investisseurs étrangers, des institutions internationales. La vraie richesse du continent, c'est quand c'est le capital africain lui-même — celui des épargnants de la zone, celui de la diaspora — qui finance ces projets. Parce que ce capital-là reste dans la région, il crée des emplois dans la région, il génère des bénéfices qui reviennent aux familles de la région.
— Alors mon argent, si je l'investis à la BRVM, il reste en Afrique ?
— Il finance des entreprises africaines. Il aide ces entreprises à grandir, à embaucher, à exporter, à innover. Et les bénéfices qu'elles font reviennent à leurs actionnaires — dont toi.
Tu as regardé le vide un moment.
— Alors mon argent peut aider des gens loin, et eux peuvent m'aider depuis loin aussi.
Enzo, au téléphone, a dit doucement :
— C'est exactement ça, petite sœur.
Le mot du jour : DIASPORA
Définition simple
Définition simple :
Le mot "diaspora" désigne l'ensemble des membres d'un peuple ou d'une communauté dispersés hors de leur pays d'origine. La diaspora africaine — et en particulier la diaspora ouest-africaine — est l'une des plus importantes du monde par son volume et par les montants qu'elle envoie vers le continent.
Les transferts de la diaspora :
Chaque année, les membres de la diaspora africaine envoient des dizaines de milliards de dollars vers leurs familles. C'est souvent plus que l'aide publique au développement reçue par ces pays. Ces transferts financent l'éducation, la santé, la construction de maisons.
Le tournant de l'investissement :
Une tendance récente voit une partie de ces flux se transformer en investissements structurés — actions, obligations, immobilier, création d'entreprises. La diaspora ne joue plus seulement un rôle social (soutenir les familles), mais aussi un rôle économique (financer la croissance).
Le calcul de Maéline
L'exercice
L'exercice :
Ibrahima, à Paris, envoie 50 000 F CFA à ses parents à Dakar chaque mois depuis trois ans. Au lieu d'envoyer le montant de ce mois, il décide d'investir 40 000 F CFA à la BRVM (en gardant 10 000 F CFA pour ses parents quand même).
Il achète 5 actions d'une société fictive "PALM SÉNÉGAL" à 8 000 F CFA l'action. Deux ans plus tard, les actions valent 9 500 F CFA chacune. La société a aussi versé un dividende de 300 F CFA par action chaque année.
La question
Question : Quel est le résultat total d'Ibrahima après deux ans ?
Solution :
Investissement initial : 5 × 8 000 = 40 000 F CFA
Dividendes reçus :
- Année 1 : 5 × 300 = 1 500 F CFA
- Année 2 : 5 × 300 = 1 500 F CFA
- Total dividendes = 3 000 F CFA
Plus-value si vente :
- Valeur de vente : 5 × 9 500 = 47 500 F CFA
- Plus-value = 47 500 − 40 000 = 7 500 F CFA
Gain total = dividendes + plus-value = 3 000 + 7 500 = 10 500 F CFA
Résultat final : 40 000 + 10 500 = 50 500 F CFA pour un investissement initial de 40 000 F CFA.
Mise en garde :
Dans cet exemple simplifié, le cours a progressé et les dividendes ont été réguliers. Dans la vraie vie, les deux dépendent de la performance réelle de l'entreprise, du contexte économique et de facteurs imprévisibles. Rien n'est garanti.
Le défi BRV-Max
Ton défi cette semaine :
Ton défi cette semaine :
1. Sur brvmax.com, explore comment un membre de la diaspora peut ouvrir un compte et investir à la BRVM depuis l'étranger
2. Note dans ton carnet les étapes clés que tu as trouvées
3. Réfléchis à cette question : si un membre de ta famille vivant à l'étranger voulait investir à la BRVM, quelle serait la première chose que tu lui expliquerais ?
BRV-Max est la plateforme 100 % simulation et éducation que je construis pour rendre l'investissement boursier accessible à chaque famille de la zone UEMOA. Elle permet dès aujourd'hui de simuler et d'apprendre — sans risque réel.
Qui investit à la BRVM ?
Données indicatives à titre pédagogique
| Situation | Signification | Exemple |
|---|---|---|
| Particuliers locaux | Ménages et individus des 8 pays UEMOA | Constitution d'épargne, dividendes, valorisation du patrimoine |
| Diaspora africaine | Africains vivant à l'étranger (Europe, Amérique, Asie) | Investir dans leur région d'origine, diversifier leur épargne |
| Institutionnels locaux | Caisses de retraite, compagnies d'assurance UEMOA | Placement de long terme pour leurs assurés et retraités |
| Fonds d'investissement | Fonds régionaux et continentaux | Diversification géographique, accès à la croissance africaine |
| Investisseurs étrangers | Institutions et particuliers hors Afrique | Exposition à la croissance de l'Afrique de l'Ouest |
**Ce que ce tableau nous dit :** La BRVM n'est pas uniquement un marché pour les riches ivoiriens. C'est un marché ouvert à toute personne — d'Afrique ou d'ailleurs — qui veut investir dans la croissance de l'UEMOA. Plus la base d'investisseurs est large et diversifiée, plus le marché est liquide, stable et crédible.
La question de Maéline
À creuser en famille ce soir
À creuser en famille ce soir :
"Si Ibrahima investit 40 000 F CFA à la BRVM depuis Paris, et que cet argent aide une entreprise sénégalaise à embaucher deux personnes de plus, est-ce qu'Ibrahima a fait quelque chose de bien pour le Sénégal même s'il n'y habite plus ?"
Cette question mêle économie et identité.
Un investissement n'est pas seulement un calcul. C'est aussi un acte de confiance dans un pays, une économie, un peuple. Quand Ibrahima investit à la BRVM, il dit quelque chose : "Je crois dans l'avenir de cette région. Je veux que mon argent soit là où mes racines sont."
Cette dimension-là, les cours de bourse ne la capturent pas. Mais elle est réelle. Et elle compte.
L'idée à retenir
« L'Afrique la plus forte sera celle où l'argent africain finance les rêves africains — et chaque investisseur à la BRVM est un bâtisseur de ce futur. »
Ce soir, Ibrahima a ouvert une porte. Il n'a pas encore investi. Mais il a formulé quelque chose d'important : l'envie que son argent travaille là où il a du sens pour lui.
Toi, tu n'es pas à Paris. Tu es à Abidjan, dans ce salon avec le ventilateur qui tourne, la nuit qui commence à tomber, tes frères autour de toi. Tu n'as pas besoin de traverser une mer pour investir dans ta région. Tu es déjà là.
Un jour, quand tu seras prête, tu ouvriras ton compte, tu choisiras tes premières actions avec tout ce que tu as appris — et l'argent que tu mettras dans ce marché participera à quelque chose de plus grand que toi.
C'est beau, je trouve.
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À bientôt, ma chérie.
Papa
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Lettre suivante : Lettre 21 — Préparer ses 20 ans : épargne et premier portefeuille
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BRV-Max — Apprendre. Simuler. Investir.
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Édité par TMP Digital Group SARL — Abidjan, Côte d'Ivoire — www.brvmax.com
À bientôt, ma chérie.
Papa
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Lettre 21 — Préparer ses 20 ans : épargne et premier portefeuille
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