Maéline et son père Paulin — Lettre 01 : Papa, c'est quoi la bourse ?

Lettre 01Papa, c'est quoi la bourse ?

Note de l'auteur

Mes quatre enfants — Enzo, Marc, Darnel et Maeline — sont ma première inspiration. Enzo a 18 ans, il commence sa vie d'étudiant et se demande comment construire son indépendance. Marc a 17 ans, il questionne tout et n'accepte aucun raccourci. Darnel a 14 ans, il voit le monde à travers un écran et pose des questions que les adultes n'osent plus poser. Et puis il y a Maeline — ma cadette de 8 ans, qui pose les questions les plus simples du monde. Et ce sont justement ces questions-là qui m'ont le plus bouleversé. C'est à toi, Maeline, que ces lettres sont adressées. Mais j'espère que tes frères — et tous ceux qui liront ces pages — y trouveront aussi leur chemin.

PARTIE I — MAELINE DÉCOUVRE LA BOURSE

Lettre 1 — Papa, c'est quoi la bourse ?

Un soir de saison sèche, à Cocody, Abidjan

12 min de lectureMot du jour : BOURSE

Ma chère Maeline,

Il y a des soirs où une question d'enfant change tout. Ce soir-là était l'un d'eux.

L'histoire

Le soleil venait de se coucher derrière les toits du quartier. La chaleur de la journée s'était posée sur Abidjan comme une couverture lourde, et même à cette heure, l'air dans le salon ne bougeait pas beaucoup. Le ventilateur tournait doucement au plafond. Dehors, les mototaxis ronronnaient sur l'asphalte encore chaud de Cocody.


Darnel était vautré sur le canapé avec ses écouteurs, les yeux rivés sur sa tablette. Il jouait à un de ces jeux dont il connaît toutes les règles et que je ne comprends toujours pas. Je ne l'ai pas dérangé.


J'étais assis dans mon fauteuil, les jambes croisées, le téléphone dans la main. Je regardais les cours de la BRVM défiler sur l'écran. Ce soir-là, les chiffres me satisfaisaient. Je hochais la tête avec ce sourire que tu m'as dit un jour ressembler "au sourire du chat du dessin animé."


Je t'ai entendue rentrer.


Tes petits pas dans le couloir. Ton cartable posé avec ce bruit sourd que je connais depuis que tu sais marcher. Le robinet de la cuisine ouvert puis refermé. Le bruit d'un verre. Et puis le froissement de tes sandales sur le carrelage en direction du salon.


Tu t'es arrêtée devant moi. Tu m'as regardé. Tu as regardé mon téléphone. Tu m'as regardé à nouveau.


— Papa, tu regardes quoi ?


— La bourse, ma chérie.


Un silence. Darnel a baissé légèrement le son de ses écouteurs — il avait entendu. Mais il n'a pas bougé.


Tes sourcils se sont froncés. Ce froncement que tu fais quand quelque chose ne tient pas, quand les mots ne correspondent pas à ce que tu imagines.


— La bourse... comme la bourse qu'on emporte au marché de Treichville ?


J'ai failli lâcher mon téléphone tellement j'ai ri.


Darnel a souri sans se retourner.


— Non, ma grande. Pas ce genre de bourse.


Tu t'es assise sur l'accoudoir du canapé — jamais sur le coussin, toujours sur l'accoudoir, comme si tu refusais de t'installer vraiment, comme si tu devais être prête à repartir à tout moment. Les bras croisés, le menton légèrement levé.


— Alors c'est quoi, la bourse ?


J'ai posé mon téléphone sur la table basse. J'ai éteint la télévision que j'avais allumée sans la regarder. J'ai pris le temps.


— Tu te souviens de tonton Séverin ? Le coiffeur du quartier ?


— Celui qui a un salon près de l'école ?


— Lui-même. Il y a deux ans, il voulait ouvrir un deuxième salon, plus grand, avec deux chaises et une climatisation. Mais il n'avait pas assez d'argent seul. Alors il a fait quelque chose d'intelligent : il a demandé à huit personnes du quartier de mettre chacun 100 000 FCFA. En échange, il leur a promis une part des bénéfices si le salon marchait bien.


Tu as hoché la tête. Tu avais suivi.


— Et ça a marché ?


— Très bien. Et les huit personnes ont touché leur part. On appelle ça des dividendes — c'est la part des bénéfices qu'une entreprise distribue à ceux qui ont investi.


— C'est bien ça.


— Maintenant, imagine que tonton Séverin n'est pas tonton Séverin. Imagine que c'est une très grande entreprise — une société qui construit des routes, ou qui vend des boissons, ou qui gère les réseaux téléphoniques de quatre pays. Une société qui a besoin de beaucoup, beaucoup d'argent pour grandir. Bien plus qu'elle ne peut en emprunter à une banque. Elle a besoin que des milliers de personnes lui fassent confiance et lui donnent chacun un peu.


— Des milliers de personnes ? Comment elles se retrouvent toutes ?


Bonne question. C'est toujours la bonne question avec toi.


— Elles se retrouvent dans un endroit organisé, un endroit qui existe exactement pour ça : mettre en relation les entreprises qui cherchent des investisseurs et les gens qui ont de l'argent à investir. Cet endroit, c'est la bourse.


Tu as regardé autour de toi, presque comme si cet endroit pouvait se cacher dans notre salon.


— C'est où ?


— C'est ici. À Abidjan. Sur le Plateau, le quartier des grandes tours, pas loin du pont Houphouët-Boigny. On a une bourse qui s'appelle la BRVM — la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières. Ce n'est pas seulement pour la Côte d'Ivoire. C'est pour huit pays de notre région : la Côte d'Ivoire, le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Togo, le Bénin et la Guinée-Bissau. Une seule bourse pour toute cette zone.


Tes yeux se sont écarquillés.


— Huit pays ?


— Huit pays. Comme si huit familles du quartier décidaient de partager le même grand marché — plus de vendeurs, plus d'acheteurs, plus de dynamisme.


Tu as souri. L'image t'aidait.


— Et les gens qui donnent de l'argent aux entreprises, ils reçoivent quoi exactement ?


— Une action. Une action, c'est une toute petite part de propriété de l'entreprise. Si tu achètes une action de SONATEL — tu connais SONATEL, l'opérateur téléphone que tout le monde utilise ici —, tu deviens, tout petitement, propriétaire d'une parcelle de cette très grande entreprise.


— Propriétaire ? Comme une maison ?


— Pas exactement comme une maison qu'on peut toucher et habiter. Mais oui : tu as des droits. Tu as droit à une part des bénéfices, si l'entreprise en fait. C'est ce qu'on appelle les dividendes — comme pour tonton Séverin. Tu as même le droit de voter lors des grandes réunions des actionnaires. Les actionnaires, c'est le nom qu'on donne aux personnes qui possèdent des actions.


— Et si l'entreprise ne fait pas de bénéfices ?


Darnel a retiré un de ses écouteurs. Il écoutait, lui aussi.


Je t'ai regardée avec une fierté que je n'ai pas pu cacher.


— Tu poses exactement la bonne question, Maeline. C'est pour ça qu'on dit que la bourse comporte des risques. Quand une entreprise va mal — mauvaises ventes, mauvaise gestion, crise dans son secteur —, la valeur de son action peut baisser. Tu pourrais vendre ton action moins cher que tu ne l'as achetée, et perdre une partie de ce que tu avais mis. C'est pour ça qu'on n'investit pas à l'aveugle. On apprend, on observe, on choisit avec soin.


Tu as réfléchi un moment. On entendait le ventilateur, les mototaxis dehors, la respiration lente de la nuit abidjanaise.


— Donc c'est important de bien choisir.


— Très important. Et c'est exactement ce que ces lettres vont t'apprendre — comment choisir, comment lire les chiffres, comment décider sans paniquer. Pas pour toi tout de suite : tu as 8 ans, et investir à la bourse, ça se fait avec de l'argent réel et un peu de maturité. Mais si tu comprends tout ça maintenant, quand tu auras 18 ou 20 ans, tu n'auras pas peur de ces mots. Tu seras prête. Tu auras de l'avance.


Darnel a remis son écouteur — mais j'avais vu son sourire.


Je t'ai proposé qu'on aille s'asseoir sur le balcon. La nuit était douce, la lagune Ébrié brillait au loin sous les lumières de la ville. On s'est assis côte à côte sur les deux tabourets en plastique blanc.


— Papa, à la bourse, on peut acheter des actions de n'importe quelle entreprise ?


— Non, ma chérie. Seulement de celles qui ont décidé d'ouvrir leur capital au public — on dit qu'elles sont "cotées en bourse". À la BRVM, il y a en ce moment quarante-sept sociétés cotées. Ce n'est pas toutes les entreprises de la région, loin de là. Mais c'est déjà un beau marché. Et parmi ces quarante-sept sociétés, tu en connais peut-être déjà plusieurs sans le savoir.


— Comme qui ?


— SONATEL, qu'on a citée. ECOBANK, la banque verte dont on a la carte. SOLIBRA, qui fabrique des boissons gazeuses. NESTLÉ Côte d'Ivoire, qui fait les bouillons de cuisine de la maison. BICICI, la banque du carrefour près de l'école.


Tu t'es tournée vers moi, les yeux grands ouverts.


— Elles sont toutes à la BRVM ?


— Certaines, oui. Ces entreprises que tu croises dans ta vie de tous les jours, dans la rue, dans les publicités, sur les bouteilles et les emballages — certaines d'entre elles sont cotées. Et une partie des personnes qui les utilisent chaque jour ont aussi investi en elles. Ils ne sont pas juste des clients. Ils sont aussi un tout petit peu propriétaires.


Quelques instants ont passé. La lagune brillait. Au loin, un klaxon, des rires, la vie d'Abidjan le soir.


— Papa ?


— Oui ?


— La bourse, c'est aussi pour les filles ?


J'ai posé ma main sur ton épaule.


— La bourse, c'est aussi pour nous, ma chérie. Pour nous tous.


Ce soir-là, tu es rentrée dans ta chambre avec ce sourire particulier que tu as quand quelque chose vient de s'ouvrir en toi. Darnel m'a regardé en retirant ses écouteurs et a dit, presque malgré lui : "En fait, c'est pas si compliqué."


Je lui ai répondu : "C'est toi qui compliques."


Il a souri. Et pour une fois, il n'a pas dit le dernier mot.

Le mot du jour : BOURSE

Définition simple

Une bourse est un marché organisé où s'achètent et se vendent des titres financiers. Les plus courants sont les actions — des parts de propriété d'une entreprise — et les obligations — des prêts qu'on fait à une entreprise ou à un État. La bourse n'est pas un bâtiment qu'on visite : aujourd'hui, les échanges se font par voie électronique, via des plateformes et des intermédiaires agréés.

Étymologie

Le mot "bourse" vient d'une famille flamande du XVe siècle, les Van der Beurse, dont la maison à Bruges servait de lieu de réunion pour les marchands d'Europe entière. Leur blason représentait trois bourses — des sacs d'argent. L'habitude de dire qu'on allait "chez Beurse" pour traiter des affaires a traversé les siècles, et le mot est entré dans la langue française pour désigner tout marché financier organisé.

Analogie quotidienne UEMOA

La BRVM, c'est comme le marché de Treichville — mais au lieu d'y vendre des tomates, du poisson frais ou du tissu wax, on y échange des parts d'entreprises. Les acheteurs et les vendeurs se rencontrent, un prix se forme, et les titres changent de mains. La grande différence ? Ces "marchandises" ne se mangent pas et ne se portent pas. Mais elles peuvent rapporter de l'argent pendant des années, sans qu'on ait à les transporter soi-même.

Le calcul de Maéline

L'exercice

La pâtissière du quartier de Cocody fabrique des gâteaux pour les fêtes. Elle vend chaque part 1 000 FCFA. Maeline en achète une pour la garder.


Quelques jours plus tard, il y a une grande fête dans le quartier. Tout le monde veut du gâteau. La pâtissière n'en a plus. Un voisin propose à Maeline de lui racheter sa part pour 1 100 FCFA — c'est tout ce qu'il lui reste.


Combien Maeline gagne-t-elle si elle accepte de vendre ?

Solution pas à pas

- Prix d'achat : 1 000 FCFA

- Prix de vente proposé : 1 100 FCFA

- Gain = Prix de vente − Prix d'achat

- Gain = 1 100 − 1 000 = 100 FCFA


Maeline gagne 100 FCFA, soit 10 % de ce qu'elle a investi.


En bourse, ce gain s'appelle une plus-value. Quand on revend une action plus cher qu'on ne l'a achetée, on réalise une plus-value. C'est l'une des deux façons de gagner de l'argent en bourse — l'autre, c'est le dividende, que tu découvriras dans la Lettre 12.

Pour aller plus loin

Dans la vraie vie, ce n'est pas comme l'exemple du gâteau. Les prix des actions à la BRVM ne montent pas de 10 % chaque mois. Certains mois ils montent, d'autres ils baissent, d'autres encore ils ne bougent presque pas. C'est la nature même de la bourse : les variations dépendent de la santé des entreprises, du climat économique, des décisions des dirigeants, et de mille autres facteurs.


C'est pour cela qu'à la bourse, on raisonne sur plusieurs années, pas sur quelques semaines. Et c'est aussi pour cela que rien n'est promis d'avance — ni un gain, ni une perte. Tout dépend de comment on choisit ses entreprises et de la patience qu'on met dans son investissement.


La première leçon à retenir, Maeline : la bourse récompense ceux qui apprennent, observent et choisissent avec soin. Pas ceux qui cherchent à s'enrichir vite.

Le défi BRVMax

Ton défi cette semaine :

1. Rends-toi sur brvmax.com

2. Crée ton compte gratuit — c'est rapide et sans engagement

3. Reçois tes 100 000 FCFA virtuels du Challenge BRVMax

4. Consulte la liste des 47 sociétés cotées à la BRVM

5. Dans ton carnet, note les réponses à ces deux questions :

- Quelles entreprises de cette liste connais-tu déjà dans ta vie de tous les jours ?

- Pour chacune, écris ce qu'elle fait et où tu l'as rencontrée — une publicité, un bâtiment, un produit à la maison.


Cette liste, c'est ta première carte du terrain. Avant d'investir dans une entreprise, il faut la connaître.


BRVMax est la plateforme que je construis pour démocratiser l'accès à l'investissement boursier dans la zone UEMOA. Elle est en cours d'obtention de l'agrément CIB auprès de l'AMF-UMOA. En attendant cet agrément, elle permet à chacun de simuler, d'apprendre et de s'exercer avec de l'argent virtuel — sans aucun risque réel.

Les 5 plus grandes sociétés cotées à la BRVM

Données indicatives à titre pédagogique

Les banques et les télécoms dominent le haut du classement. Ce n'est pas un hasard. Ce sont les secteurs qui touchent directement le quotidien de millions de personnes dans l'UEMOA. Quand des millions d'habitants rechargent leur téléphone, envoient de l'argent ou ouvrent un compte bancaire, les entreprises qui fournissent ces services réalisent des bénéfices importants. Et leurs actionnaires — ceux qui ont eu la patience d'investir — en bénéficient à leur tour.

La question de Maéline

À creuser en famille ce soir

Si tu avais 100 000 FCFA à investir à la BRVM, quelle entreprise choisirais-tu d'aider à grandir ? Pourquoi cette entreprise plutôt qu'une autre ?


Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Ce qui compte, c'est d'expliquer son raisonnement.


Est-ce parce que tu utilises ses produits tous les jours et que tu leur fais confiance ? Parce qu'elle emploie des gens de ta région et que tu veux soutenir cela ? Parce que tu penses que son secteur va grandir dans les années qui viennent ?


Cette question semble simple. Elle ne l'est pas. Elle est au cœur de ce que fait tout investisseur avant de prendre une décision : former une opinion argumentée sur une entreprise. C'est la première compétence d'un investisseur. Et tu viens de commencer à la développer.

L'idée à retenir

« La bourse, c'est l'endroit où on aide les entreprises à grandir, et où elles nous remercient en partageant leurs résultats. »

La bourse n'est pas un casino. Ce n'est pas une machine à s'enrichir vite. C'est un pacte de confiance entre ceux qui veulent bâtir quelque chose de grand, et ceux qui croient assez en eux pour mettre leur épargne au service de cette ambition. Comme tonton Séverin et ses huit voisins — mais à l'échelle d'une région entière.


Ce pacte, on peut y entrer à n'importe quel moment de sa vie. Plus tôt on commence à comprendre comment il fonctionne, mieux on est armé pour y participer dignement.

À bientôt, ma chérie.

Papa

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